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Article sur les Espoirs Rochelais, dont fait partie Rémi Leroux...

 

article rédigé par Romain ASSELIN / lien vers l'article original

 

 

 

 

 

Vice-champions de France la saison passée, leaders incontestés de leur poule en championnat élite, les espoirs du Stade Rochelais sont de plus en plus nombreux à entrer dans la rotation à l'étage au-dessus. Au point de bousculer certains cadres de l'équipe première. Une surprise ? Loin de là. Décryptage.

"Je m'en fous de l'âge ! 19 ou 38 ans...si tu es le plus performant, tu joues. Ils (les espoirs, NDLR) ont prouvé leur niveau. Ils jouent. C'est comme ça." Jeudi dernier, à deux jours du déplacement au Hameau pour le compte de la 13e journée de Top 14, Ronan O'Gara n'a eu besoin que de quelques mots pour remettre en haut de la pile la philosophie prônée par le staff du Stade Rochelais depuis l'intersaison 2019. A savoir favoriser la promotion interne des membres du centre de formation plutôt que le recrutement de noms ronflants.

Favre en fer de lance

Samedi, face à Pau, les minots étaient encore au nombre de 5 sur 23 sur la feuille de match. Une habitude, désormais. Surtout depuis la victoire à Glasgow, en Champions Cup, mi-décembre. Ce jour-là, le staff rochelais emmène six espoirs dans ses bagages. Trois sont propulsés titulaires, quelques heures après la sortie remarquée, devant la presse, de ROG et son désir de voir évoluer des "Tarzans" sur la pelouse. Sans aucun complexe, tout ce petit monde prend part au succès fondateur de la saison rochelaise, le tout premier à l'extérieur. En tête du peloton des minots, Jules Favre, auteur d'un essai décisif en Ecosse. Toujours espoir sur le papier, déjà cador parmi les pros en réalité.

Quatrième joueur de l'effectif maritime le plus utilisé en Top 14, Jules Favre a déjà joué onze matches de championnat. Tous dans la peau d'un titulaire en puissance. "Il a fait une grosse impression au sein du groupe par son attitude et sa volonté de progresser. Il est la preuve que l’on peut vite basculer du Centre de Formation au groupe professionnel. Il doit être une inspiration pour ses cadets", commentait le directeur du rugby rochelais, Jono Gibbes, à l'annonce, en décembre, de sa prolongation jusqu'en 2023.

Tête de proue d'une jeunesse rochelaise dorée, le trois quart de 20 ans est, pour l'heure, le plus exposé d'une liste longue comme le bras. En l'espace de 13 journées de championnat, sept autres espoirs ont déjà gratté du temps de jeu avec les grands. De Rémi Leroux aux frères Boudehent, en passant notamment par Thomas Lavault, véritable taulier des Bleuets champion du monde en 2018 et auteur de son premier essai en pro pas plus tard que samedi dernier. "Des bons mecs", dixit Mathieu Tanguy. Pur enfant du cru rochelais, le deuxième ligne de 23 ans est passé par là, sous l'ère Patrice Collazo. Et il ne tarit pas d'éloges sur ceux en train de suivre ses pas : "Dès que les coaches leur donnent leur chance, à chaque fois, ils répondent présents. Ils nous emmènent un enthousiasme, une joie de vivre, c'est que du bonheur !".

La concurrence relancée

En faisant son trou, l'avenir du rugby rochelais relègue naturellement certains cadres sur le banc. Voire hors groupe. "Je le vois à l'entraînement, il y a des mecs un peu vexés de ne pas être dans les 23", reconnaît volontiers Ronan O'Gara. Une concurrence toutefois des plus saines, et qui semble tirer le groupe vers le haut. En témoignent les retours au tout premier plan, pour ne citer qu'eux, de Lep's Botia ou encore de Kévin Gourdon, au sommet de son art sur la pelouse du Hameau. "Je trouve qu'en ce moment, on a une équipe plus compétitive. Mentalement et physiquement, je sens qu'on est en train de changer de vitesse", poursuit l'ancien ouvreur emblématique du XV du Trèfle.

C'est un fait, les minots rebattent les cartes. La concurrence atteint parfois son apogée. Comme à la veille de recevoir le Castres Olympique à Deflandre fin novembre, quand Jono Gibbes regrettait, presque gêné, de devoir sortir Rémi Leroux du groupe malgré sa prestation aboutie, quelques jours plus tôt, en grande Coupe d'Europe. "Si ça l'embête ?, reprend Rémi Leroux, questionné récemment sur le sujet. Peut-être. Mais il me sort quand même ! C'est à moi de faire les efforts. Le but, c'est qu'il ne me sorte plus du tout et qu'il me fasse confiance à 100%." Leroux, 21 ans, à peine 240 minutes de Top 14 dans les jambes depuis mars dernier, a déjà du répondant. Et ce n'est pas pour déplaire à ROG. Bien au contraire.

O'Gara a beau avoir côtoyé certaines grandes stars du rugby mondial ces deux dernières saisons à la tête des Crusaders, et plus généralement tout au long de sa carrière, il n'en reste pas moins bluffé par la graine rochelaise qui, visiblement, en a dans la caboche. Prenez Paul Boudehent, par exemple, épatant ces dernières semaines pour sa véritable lancée dans le grand bain. "Il comprend le rugby, il a un avis, il est capable de dire : "non, je ne suis pas d'accord". C'est super intéressant pour moi comme coach, confie le bras droit de Gibbes. Je pense qu'il a été créé pour le rugby. Il va jouer. Pareil pour Thomas Lavault. Ils ont un cerveau pour voir le positif et pas le négatif. Quand tu parles avec eux, waouh ! C'est grâce à Seb et Carmi (Sébastien Boboul et Romain Carmignani, entraîneurs des espoirs, NDLR), qui font un super job avec les jeunes. Si on n'a pas d'académie, on est mort...C'est le lifeblood." Comprenez, un élément vital pour le club.

Les Espoirs cartonnent à leur échelon

De l'entrain oui, mais l'homme n'est pas du genre à se laisser déborder. Tout est millimétré, à l'image de la première en pro de Valentin Tirefort, couronnée par un essai, juste après Noël face à Agen. "Est-ce que c'est une bonne chose pour Valentin de commencer un premier match contre Raka à Clermont ou contre Agen à la maison ?, fait mine de questionner ROG. J'ai la responsabilité de donner les meilleures conditions à mes jeunes joueurs. Souvent, ça marche. Des fois, ça t'explose au visage. Mais si tu es performant, tu joues. C'est comme ça."

Mathieu Tanguy prévient, "il y en d'autres derrière." Rémi Leroux se fait une joie de le confirmer : "On est 4-5 par feuilles de match, mais l'on est beaucoup plus à s'entraîner avec l'équipe première. Ça pousse aussi derrière, certains ne s'entraînent pas mais postulent sérieusement. On est premiers en espoirs, ce n'est pas non plus anodin. On a fait une finale l'année dernière, le centre de formation bosse bien." 9 victoires, 1 défaite à Bayonne, leader confortable de la poule 2, l'équipe espoir regorge en effet de joyaux à polir. Tel Mathias Haddad, 18 ans, révélation du deuxième sacre mondial des Bleuets, surclassé pour l'évènement après une saison passée...en Crabos ! Sans oublier Samuel Lagrange, Jean-Victor Goillot ou Thomas Berjon, déjà appelés, eux.

Les premiers effets positifs d'un mercato calme

Il y a aussi Léo Aouf, de retour de blessure. Après 15 apparitions en équipe première dont 6 en tant que titulaire depuis mars 2018, le pilier vient de signer son premier contrat pro. Bref, La Rochelle a de quoi voir venir. Les supporters aussi. Fut pourtant un temps, il y a peu, où certains, talonnés par de nombreux observateurs, pointaient du doigt un recrutement estival minimaliste (Brock James, Reda Wardi, Facundo Bosch) laissant possiblement augurer le syndrome de la fameuse saison de transition.

Qu'à cela ne tienne, Rémi Leroux et consorts, un brin piqués, s'en sont servis comme levier de motivation supplémentaire : " C'est clair que quand on entend ça, ça nous fait un peu chier. Il y a beaucoup de choses qui peuvent être dites, mais ce n'est pas forcément ce que les supporters pensent dans le fond et veulent transmettre comme message. Nous, on est là pour nous montrer, parce que personne ne nous connait, et pour montrer qu'on peut assurer le job derrière, qu'on a notre place, qu'on n'a pas besoin de recruter ailleurs, qu'il y a des jeunes prêts. A l'entraînement, on apporte quelque chose au groupe que les pros n'ont pas sans nous. Il y a ce côté fougue, on est un peu fou-fou, c'est tout nouveau, plein de choses nous stimulent." Si le pari rochelais demande encore confirmation, le staff est quand même en train de faire un joli pied de nez aux plus sceptiques.


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